| Calme, immobile, dans le petit pré tranquille, au long de la ligne, c'est une vache qui rumine.. Pour tant de vaches qui regardérent passer des chemins de fer, il convient aussi qu'on le sache, il y a des locomotives qui regarde les vaches. Et c'est avec des yeux d'envie, leurs gros yeux rouges, qu'elles contemplent les prairies, où, paresseuses, l'on se couche, et l'on flâne en se divertissant au vol des mouches..... Mais quand on est locomotive, il faut qu'on parte, et reparte, et se presse. Car ce n'est pas à dix-huit, ni à seize, c'est à dix-sept, qu'inéluctable est la correspondance de l'express avec le rapide Bordeaux sète. Ah la préoccupation de l'horaire, quand il ferait si bon de s'étendre sur l'herbe tendre !... Mais il faut poursuivre sa tâche, en marche en marche, sans relache... Et c'est avec des soupirs de regret, que passe la locomotive au long des prés, où sont immobiles les vaches. Et songe en regardant les veaux, batifoler près de leur mère, songe à l'impossible chimère, et se détourne le coeur gros: Jouir en paix de la nature, avec une progéniture de petits locomotiveaux Franc Nohain |