La sieste de Jeanne
Quand toute la nature écoute et se recueille, vers midi,
quand les nids se taisent, quand la feuille la plus tremblante
oublie un instant de frémir, Jeanne a cette habitude aimable
de dormir, et la mère un moment respire et se repose,
car on se lasse, même à servir une rose...........
Les beaux petits pieds nus dont le pas est peu sur
dorment et son berceau qu'entoure un vague azur
ainsi qu'une auréole entoure une immortelle.
Semble un nuage fait avec de la dentelle.
Soudain, dans l'humble et chaste alcove maternelle,
versant tout le matin quelle a dans sa prunelle.
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
agite un pied, puis l'autre et si divinement que des
fronts dans l'azur se penchent pour l'entendre.
Elle gazouille alors de sa voix la plus tendre, couvant
des yeux l'enfant que dieu fait rayonner, cherchant le plus
doux nom qu'elle puisse donner,a sa joie à son ange
en fleur, à sa chimère:
La voilà réveillée, horreur! lui dit sa mère
Victor Hugo
Capitaine rené